Bienvenue à Oustcity · Cycle II · Chapitre 1
La ville d'Oustcity s'étendait sous un ciel de cendres et de lumière, comme une blessure qui refusait de se refermer. Les toits de granit reflétaient les derniers rayons d'un soleil presque absent, et chaque ruelle semblait porter en elle l'empreinte de quelque événement ancien, jamais entièrement oublié.
On y parlait encore des fractures du monde, mais à voix basse, comme on évoque des dieux incapables d'entendre. Dans les tavernes, les mercenaires racontaient des voyages impossibles ; dans les ateliers, les alchimistes broyaient du métal noir pour en extraire des souvenirs. Le multivers n'avait pas simplement changé. Il avait commencé à se souvenir de lui-même.
Au-delà des remparts, le silence du désert devenait presque une présence. Il n'aspirait ni les voix ni les pas ; il les attendait. Les premiers voyageurs revenus des routes interdites avaient tous la même expression : celle de ceux qui ont vu plus que leur esprit ne pouvait contenir. La ville vivaient donc dans un équilibre précaire, comme un feu servi dans une coupe trop fine.
Les autorités affirmaient que la vigilance suffisait. Les habitants, eux, savaient que la vigilance ne servait qu'à masquer la peur. Quelque chose parvenait à traverser les frontières de l'espace et de la mémoire. Et personne, jusqu’ici, n'avait pris la peine d'ouvrir les yeux assez grand pour le voir.
Parmi les silhouettes qui traversaient la ville, une seule semblait ne pas appartenir au monde habituel. Elle avançait avec une lenteur calculée, les mains cachées dans les manches, et les passants se détournaient sans savoir pourquoi. Le regard de cette femme n'était ni vide ni dérangé : il était précis, presque inquiétant, comme s'il traversait les choses avant même qu'elles ne se produisent.
On parla d'elle comme d'une étrangère. On parla d'elle comme d'une menace. Et pourtant, lorsqu'elle s'arrêta devant la porte du vieux quartier des archives, il sembla à certains qu'elle n'avait fait qu'écouter la pierre elle-même répondre.
Au fond, la ville n'avait jamais été un lieu de sécurité. Elle avait seulement réussi, pendant un temps, à faire croire qu'elle l'était.
Détail · Cycle II · Chapitre 1
Quand les premiers cloches de la garde résonnèrent dans le matin, elles ne frappèrent pas seulement l'air. Elles frappèrent aussi la mémoire des habitants, comme un avertissement que quelque chose avait franchi la frontière sans demander la permission.
Et cette fois, ce n'était pas un voyage. C'était un retour.